Planter les graines du changement

Changer durablement le regard porté sur les personnes handicapées. 

Un événement peut-il y contribuer ? Entretien avec Jean-Luc Simon, président du comité français de coordination pour l’Année européenne des personnes handicapées.

Valeurs mutualistes

Magazine de la MGEN

N° 223 

février 2003

Valeurs mutualistes : le 3 décembre 2001, Le Conseil de l’Union européenne a proclamé 2003, « Année européenne des personnes handicapées ». Quelle en a été La genèse ?

Jean-Luc Simon : Cet événement rentre dans le cadre d'un long processus, sur le plan international, de la perception universelle des personnes handicapées. C’est un mouvement initié et fortement influencé par les organisations représentatives des personnes handicapées. Commencé en 1975 avec une première déclaration des Nations unies, il a débouché en 1981 sur le lancement de la première année internationale et de la première décennie des personnes handicapées. L’objectif était double : Renforcer l’organisation des personnes handicapées entre elles et pousser les gouvernements membres des Nations Unies à développer des politiques qui répondent mieux à Leurs besoins.

L’Année européenne n'aurait jamais eu lieu sans la pression des ONG.

La politique actuelle de l’Europe en matière de handicap repose sur trois piliers :

  • La réunion, en décembre 1993, à Bruxelles, du Parlement européen des personnes handicapées qui a donné naissance au Forum européen des personnes handicapées ; 
  • Le fait que l’Europe se soit basée sur les règles adoptées par les Nations unies pour l’égalisation des chances et dont l’année 2003 marquera le dixième anniversaire ; enfin, 
  • L’introduction dans l’Article 13 du traité d’Amsterdam d'une clause de non-discrimination du fait du handicap dans tous les secteurs de La vie

V.M. : 2003 est placée précisément sous le signe de l’anti-discrimination. Sera-t-elle, à votre avis, l’occasion pour le Etats membres d’harmoniser leurs législations sur ce thème ?

JLS : C'est te souhait de la commission européenne. Ce qui tombe très bien pour notre pays, puisque nous sommes en train de réviser ta Loi de 1975 et que cette réforme devrait être finalisée cette année selon les vœux du Président de la République.

Dans une nouvelle toi, la notion de non-discrimination, poussée à son extrême, ne nécessiterait en fait la rédaction que de trois Lignes : « Les personnes handicapées sont des citoyens à part entière et relèvent de la loi générale »

V.M. : C'est ce qui fait défaut aujourd'hui ?

JLS. : Oui, il manque une politique de prise en compte des besoins particuliers dans les lois générales. Le langage de l’Année européenne consiste justement à dire que les questions du handicap sont des problèmes transversaux et globaux. Il faut donc les régler dans tous les secteurs de la société.

V.M. : Est-ce là le message que vous souhaitez faire passer ?

JLS. : IL est dans ce ton et peut se résumer ainsi : « Ce qui est bon pour nous est bon pour vous » Nous allons ainsi chercher à mettre en valeur toutes les adaptations spécifiques qui ont eu un impact positif sur l’ensemble de la population. La télécommande de télévision en est un exemple parlant : plus personne ne sait aujourd'hui qu'au départ elle a été mise au point pour des personnes tétraplégiques ! Les bus à plancher bas illustrent également bien l’idée de globalité. Ne plus raisonner la réponse aux besoins des personnes handicapées en termes de surcoût et de charges, mais en termes d'investissement : telle est la démonstration à laquelle nous souhaitons aboutir.

V.M. : Cette année européenne pourra-t-elle véritablement faire avancer tes choses ?

JLS. : Nous sommes dans un contexte historique de changement de perception du handicap très favorable. L’époque est mûre. Il ne s'agit pas de faire naître ce mouvement - il existe déjà - mais de le renforcer et l’inscrire dans les mentalités. J'aimerais que cette année conduise à un électrochoc culturel, que plus personne, en France et en Europe, ne regarde les personnes handicapées de la même façon, que l'on essaie d'identifier d'abord leurs capacités, leurs potentialités, leur génie en somme. Pour les appels à projet, le thème français de l’année européenne est d'ailleurs la promotion de leur créativité et de leur citoyenneté.

V.M. : En tant que président du comité français de coordination, quelles sont vos priorités ?

JLS. : Mon souci principal est la participation des personnes handicapées. Rien ne peut se faire sans qu'elles soient investies du début à la fin. Si on veut améliorer l’intégration, on ne peut que la vivre(1). Pour l’action française, je me suis ainsi appuyé sur le point 8 d'un texte fondamental, la déclaration de Madrid(2): «Rien pour les personnes handicapées sans les personnes handicapées.»

V.M. : Qui participe au comité et quelles sont tes actions prévues ?

JLS. : Le comité s'est créé avec un gros tiers de représentants associatifs, issu du comité National Consultatif des Personnes Handicapées (CNCPH) qui vient d'être refondé, d’un autre tiers de personnes compétentes, toutes handicapées et parents d’enfants handicapés, et d’un petit tiers de représentants de l’administration. Soit 30 personnes. Le plan d'action adopté se décline en quatre points. Les deux premiers : les personnes handicapées vont inviter la France à travailler et à s'amuser. Autrement dit à débattre des solutions à envisager et alimenter avec cela ta révision de la loi de 75, et à découvrir leur créativité, en termes d'expositions, de spectacles, de salons, de concours... Troisième point : le travail interministériel avec un objectif hélas lointain, celui de l’existence d'une cellule handicap dans chaque administration, composée de personnes handicapées ou non mais spécialisées sur le sujet et chargées d'étudier les initiatives existantes pour les adapter aux autres fonctions. Enfin, Le dossier le moins abouti mais dont j'ai la responsabilité complète : L’idée d'initier une conférence qui réunirait des grands bailleurs de fonds internationaux pour les encourager à faire plus en direction des personnes handicapées des pays pauvres. C'est la part généreuse d’action.

V.M. : Quels critères vous feront considérer que cette Année européenne aura été un succès ?

JLS. : Réussir, ce sera d'abord assurer une coordination maximum de tous les événements. Pour le reste, je connais mal les critères d'évaluation. On ne va pas résoudre le problème des personnes handicapées en 2003. En revanche, on peut essayer de planter les graines du changement, qui porteront leurs fruits dans cinq, dix, quinze ans.

Ce que je voudrais, c'est que ce soit la société qui s'interroge sur ses déficiences à l’égard des personnes handicapées. J'aimerais aussi que les gens que l’on sensibilisera ne leur proposent pas leur aide, mais qu'elles soient plus vigilantes à la façon dont les personnes handicapées peuvent évoluer librement dans la société. Celles-ci n'ont pas besoin de cœur ou de charité, mais de droits !

Propos recueillis par Séverine Bounhol

1 : Exemple significatif de cette volonté : La chargée de communication du comité français est une personne sourde.

2 : La Déclaration de Madrid a été proclamée par plus de 600 participants issus de 34 pays différents lors du Congrès européen des personnes handicapées à Madrid, en mars 2002. Elle fournit un cadre conceptuel aux actions entreprises à l’occasion de l’Année européenne, à tous les niveaux.

Initiatives

Plus de 600 projets en provenance d'horizons très divers ont été reçus par le comité français de coordination. Une centaine seront financés et labellisés. D'autres, jugés intéressants, obtiendront juste le label.

Budget

800 000 Euros pour tes initiatives en France et pour toute l’année.

Colloques régionaux : En France, le colloque d'ouverture de l’Année européenne a eu lieu à Rennes le 3 février dernier sur te thème « Vivre ensemble, tout, naturellement ». D'autres suivront : le 21 mars à Lyon sur tes loisirs et te tourisme, le 17 avril à Toulouse sur l’accessibilité, le 19 mai à Strasbourg sur la citoyenneté européenne, le 3 octobre à Marseille sur l’enfance et l'intégration scolaire, le 7 novembre à Lille sur l’emploi et le 15 décembre à Paris en guise de clôture.

La marche

Les événements organisés en Europe en 2003 sont reliés les uns aux autres par une marche des citoyens, symbolisée par un Bus de l’Année européenne. Celui-ci sillonne tes villes des 15 Etats membres. Parti de Grèce en janvier, il achèvera son parcours en décembre 2003 en Italie. Il sera en France du 17 avril au 20 mai.

accompagnées © Jean-Luc Simon, PREMIÈRE MISE EN LIGNE LE 01/01/01