Nous avons choisi de vivre

Revue Plain Pied

N° 43 

Automne 1995

Toute négation de l'autre m'est insupportable, et je suis particulièrement et personnellement blessé quand je découvre sur toutes les vitrines de kiosques à journaux, le titre accrocheur d'un magazine qui annonce que "Tétraplégique, Superman demande à mourir."

Au delà de l'information réelle sur l'histoire de l'acteur qui incarne ce héros à l'écran, la photo de "Superman" en situation de dépendance accompagnée d'une supplique racoleuse, est comme le constat inéluctable d'un drame de la vie. Cette exploitation d'un drame personnel entretien à elle seule une série d'associations d'idées préjudiciables à ceux qui ont choisit de vivre, et ce d'autant que l'information fut démentie par l'intéressé lui même.

La logique médiatique et l'art du sensationnel désincarnent l'homme au profit du héros, ils suggèrent au lecteur que même Superman ne peut survivre à une telle déficience et, plus grave, qu'il ne lui est pas possible de rester ce qu'il est. Il est un super héros et représente à ce titre les valeurs de la société qui l'a créé ... et il choisit de mourir. La confusion est entretenue entre rêve et réalité, entre l'homme et son rôle, et quand le spectacle de la vie est trop douloureux le recours à la mise en scène permet d'occulter l'insoutenable réalité.

Même privé de l'usage de ses membres, ne peut t'on imaginer que Superman puisse continuer à être ce qu'il est ?

accompagnées © Jean-Luc Simon, PREMIÈRE MISE EN LIGNE LE 01/01/01