La langage des Droits de l'Homme

Comité Bioéthique de DPI Europe


Intervention au Parlement Portugais, Lisbonne, le 6 juin 2000

Nous sommes des être humains et nous voulons décider de notre vie

C'est avec ces mots simples et vrais que l'Organisation Mondiale des Personnes Handicapées -OMPH-(1) exprime la revendication commune des personnes handicapées depuis sa création en 1981. Au même moment, les Nations Unies déclaraient l'Année Internationale des personnes handicapées pour leur "pleine participation dans l'égalité" (Full participation and equality)(2), l'avenir devint possible pour les 500 millions de personnes handicapées que compte la planète.

Enfin, après des millénaires d'exclusion de toutes les sociétés, ceux que personne n'osait appeler des personnes accédaient au statut d'être humains. Ils ont été appuyés dans cette reconnaissance par la création de leur organisation et par les Résolutions des Nations Unies qui affirment depuis 1975 que la personne handicapé "a essentiellement droit au respect de sa dignité humaine"(3)

Sur la base des objectifs et des principes de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, l'humanité reconnaît pour le première fois en 1975 que le "handicapé" (disabled person) "a les mêmes droits fondamentaux que ses concitoyens du même âge"(3). Malheureusement, ces principes communs ne s'expriment pas systématiquement dans un langage commun. Le terme anglais "disabled person"(4), se transforme en "handicapé" dans la traduction française des Nations Unies(5). Sa part humaine a disparu. Pourquoi ? Aucune règle grammaticale ne l'interdit ? C'est un choix, un oubli qui nie l'affirmation de la même phrase selon laquelle"le handicapé (disabled person) a essentiellement droit au respect de sa dignité humaine" !

Nommer, c'est faire exister, et l'oubli des traducteurs des Nations Unies est le reflet exact des réflexes protecteurs qui nous excluent par ailleurs de la condition humaine. Quand je ne reconnaît pas celui qui me fait face comme une personne, je refuse et je dénie son existence même. La reconnaissance du statut de personne des "handicapés" oblige chacun d'entre nous à reconnaître sa fragilité, ses peurs et notre communauté de destin.

Ces difficultés sémantiques illustrent à merveille le nécessaire travail de chacun qu'impose la mise en úuvre des principes généraux, et c'est pour participer à cet élan collectif que nous, personnes handicapées, soutenons leur application. Les Résolutions des Nations Unies et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme sont d'une grande valeur, ce sont des textes qui reconnaissent formellement ce que nous ressentons au fond de nous même mais dont nous finissions par douter : la valeur de nos vies. Ils nous accordent un statut qui nous est refusé par ailleurs au nom de la norme, de l'efficacité, de la raison ou de la charité : celui de citoyen.

La mise en úuvre de la citoyenneté est la clef de voûte de la démocratie. Qu'elles que soient les réponses apportées aux plus fragiles, qu'ils soient pauvres ou handicapés, souvent les deux, la participation vise à développer les compétences de chacun pour une meilleure organisation sociale. Contrairement à ce que les traductions françaises des Résolutions des Nations Unies pourraient laisser croire, le monde francophone s'est largement rallié à cette vision participative, et reconnaît dans un texte récent que "nos sociétés auraient tout intérêt à prendre en compte l'expertise de ceux qu'elles ont laissés au bord de la route"(6). Cette position est principalement issue des propositions des pays les plus pauvres, car participer au développement c'est aussi en partager les fruits.

Participer, c'est rejoindre la communauté, c'est exister, car sans les autres je ne suis rien. Mes droits d'être humain n'existent et ne valent que s'ils sont respectés pour tous, et l'action la plus efficace pour défendre mes droits consiste à respecter et à faire respecter les droits d'autrui. L'interdépendance qui lie les êtres humains entre eux et avec leurs milieux de vie conduit nécessairement à la participation de chacun pour le devenir de l'humanité. C'est une loi de la vie que la recherche d'un langage commun nous a fait découvrir et qu'il est vital de mettre en pratique. Voilà le langage commun des Droits de l'Homme.

La participation est le remède durable à la domination, elle impose un partage des savoirs et des pratiques, elle encourage la mise en úuvre des compétences, elle procure la fierté d'une contribution personnelle à la réalisation d'un ouvrage collectif, et elle demande à chacun de reconnaître en l'autre les potentiels qui sont utiles au développement mutuel.

Le langage des Droits de l'Homme a été adopté par une majorité des représentants désignés par les sociétés dans lesquelles nous vivons, et nous pouvons espérer qu'il soit le début d'un langage commun qui favorise les échanges pacifiques et l'accueil des plus opprimés dans la communauté humaine. Il est un encouragement à la lutte pour la reconnaissance et pour le respect des droits universels de chaque être humain, de chaque personne


1 : Disabled People's International -DPI-

2 : Thème de l'Année Internationale des personnes handicapées en 1981, Résolution N° 36/77 du 08 Décembre 1981

3 : Résolution N° 3447 du 9 décembre 1975, Point 3

4 : L'Anglais est la langue de travail des Nations Unies et les versions françaises des textes adoptés sont parfois difficiles à trouver.

5 : Versions anglaises et françaises de la résolution 3447 adoptée le 9 décembre 1975 et des textes adoptés depuis, dont les " Standard Rules for egalization of opportunites of disabled persons " traduites par " Règles pour l'égalisation des chances des handicapés ".

6 : " Le développement social un domaine de valeurs commune à la Francophonie ", Rapport établi par Patrick Monod-Gayraud et présenté dans le cadre du Comité Préparatoire à la Session extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations Unies sur Copenhague+5, New York, 3-14 avril 2000.

accompagnées © Jean-Luc Simon, PREMIÈRE MISE EN LIGNE LE 01/01/01