Question de civilisation ?

Texte suscité par la tribune de Hamou Bouakkaz

Oui de façon évidente pour celui qui s’intéresse un tant soi peu aux questions dont il est question, à savoir comment les sociétés vivent non seulement la proximité mais aussi l’interactivité avec « l’infirme », à savoir celles et ceux d’entre nous qui sont perçus, classifiés, catégorisés, sectorisés … comme des « personnes handicapées ». La question est là ; Nous ne sommes pas autres mais pourtant perçus différents, inquiétants, déficients et parfois repoussants. Le nœud est ici ; Vivre ensemble commence par la reconnaissance première de l’égale valeur de chacun d’entre les êtres humains, quelles que soient ses capacités.

Le socle de cette égale valeur, de cette reconnaissance, c’est qu’il n’est pas de « handicapés » et de « valides » qui constitueraient des groupes ou des populations séparés par on se sait quelles limites ou définitions. Il est  temps de reconnaître que chacun d’entre nous a connu, connaît ou connaîtra des restrictions de capacités plus ou moins incapacitantes ; qu’il n’est donc plus question de savoir quelle politique mener pour ces 10, 15, 25 … pourcents supposés de la population, mais quelle politique engager pour faire face à nos dépendances collectives et individuelles, à tous les moments de la vie.

Les « personnes handicapées » ne constituent pas un groupe de destin, c’est nous aujourd’hui, et encore seulement dans certaines situations, avec nos cannes blanches et grises. Ce sera un nombre de nos lecteurs demain, mais comme nous leur disons toi et moi avec de nombreux camarades la qualité de vie ne dépend pas tant de l’état des capacités physiques, sensorielles ou intellectuelles, que de la qualité des interactions entretenues avec les autres, ils sauront peut être s'y engager avec plus de confiance.

S’il est une urgence, c’est de faire prendre conscience au plus haut niveau que si le projet de François Hollande d’une politique transversale visant à ouvrir un volet « handicap » dans toutes les Lois qui seront présentées au Parlement est accueilli avec satisfaction mais aussi vigilance par le mouvement associatif, celui de la création d’une « Agence pour l’accessibilité » l’est moins.

Vouloir ainsi circonscrire l’accessibilité aux questions « du handicap » serait une erreur et la meilleure façon d’échouer. Qu’une Direction coordonne les nombreuses, coûteuses et nécessaires adaptations du cadre bâti existant serait certes une réponse adaptée, mais enfermer l’Accessibilité dans une Agence serait une négation de la place fondamentale de cette question dans l’acte de construire. Ce n’est surtout pas aux associations que nous représentons par ailleurs qu’il s’agit de confier la question de l’accessibilité mais aux constructeurs et aux bâtisseurs, en favorisant et en soutenant le recueil et la prise en compte de l’expertise de tous les utilisateurs. Là nous avons notre place.


Paris, le 23 Mai 2012

accompagnées © Jean-Luc Simon, PREMIÈRE MISE EN LIGNE LE 01/01/01