Adieu Smail


Nous nous étions rencontrés en 1983, à mon arrivé dans la chambre du fond d'un des étages, le 3ème je crois, du centre de rééducation fonctionnelle Henry Gabrielle à St Genis Laval. Tu étais toi un rescapé de l'effondrement d'une tribune du stade où tu étais venu assister d'un match de foot opposant le NA Hussein-dey au MC Alger. Rompant sous le poids des milliers de fans agglutinés pour supporter leurs équipes, les tribunes sous dimensionnées ont enseveli et mutilé des centaines de victimes, dont toi qui avait été hospitalisé en France au vu de la gravité de ta lésion.

Sous l'oeil avisé et bienveillant de Luc déjà vieux briscard de la déglingue, nous avons ensemble et avec Michel comme complice  affronté les premiers effrois et turpitudes de cette vie inconnue qui nous faisait face, et dont nous n'avions jusqu'alors goûté que les douleurs, entendu que les gémissements et senti que les effluves de la maladie et des soins. A quatre nous avons repeint la vie dans des couleurs plus digestes et à la faveur de l'été qui baignait notre chambre de soleil, cette dernière a pris des airs de bar du coin où chacun venait à son heure pour un soin, un plateau, un salut ou un moment de bavardage. Nous évoquions ces souvenirs à chacune de nos rencontres ; nous avions tant ri que nous en riions un peu plus à chaque fois.

Tu a rejoins Grenoble pour y poursuivre ta vie et nous sommes restés comme des frères nés de ces moments heureux passés ensemble au milieu de nos luttes pour survivre dignement, et de ceux que nous avons ensuite vécus séparément unis toutefois dans une lutte commune pour une vie autonome et librement choisie. 

Libre, tu l'es totalement aujourd'hui.

Ardèche 1988

Moi, je suis triste de ton départ mais je garde de toi ce sourire qui te fait aimé, et ces images tirées de la vidéo tournée en 1988 quand nous avons ensemble découvert des espaces nouveaux sur des quads, en montagne Ardéchoise. 

Sur la première tu ris, sur la seconde tu t'apprêtes à te relever, comme tu as toujours vécu, debout et souriant dans l'adversité.

Je sais tes proches aujourd'hui réunis à la Tronche et je me joins à eux pour témoigner de mon émotion et de ma solidarité.

Merci d'avoir été toi Smail, tous ceux qui t'ont connu en gardent quelque chose.


03 Août 2008


accompagnées © Jean-Luc Simon, PREMIÈRE MISE EN LIGNE LE 01/01/01